L’Ennéagramme est un outil puissant.
Mais aussi l’un des plus mal utilisés en entreprise.
Je vois régulièrement des managers, des collègues ou des responsables d’équipe penser que :
« Si je comprends l’Ennéagramme, je vais enfin savoir comment faire changer mon chef / mes collègues. »
Le problème ?
L’Ennéagramme n’est pas une télécommande. Ce n’est pas un outil pour « corriger » quelqu’un.
C’est un outil de développement personnel et de cohésion, qui aide à mieux comprendre ce qui se passe en vous, puis à mieux coopérer avec les autres — sans tomber dans l’étiquetage, la manipulation ou la pseudo-psychologie.
La confusion numéro 1 :
« Je connais sa base, donc je peux agir sur son comportement »
Cette croyance part souvent d’une bonne intention : améliorer la relation, apaiser les tensions, éviter les conflits.
Mais dans la pratique, elle mène à 3 erreurs.
1️ Vous ne pouvez pas connaître la base de quelqu’un… à moins qu’il ne vous la donne
Le point de départ est simple :
La « base » Ennéagramme touche aux motivations, aux peurs et aux mécanismes internes.
Ce n’est pas quelque chose que vous pouvez deviner proprement « de l’extérieur ».
Et surtout : typer quelqu’un (« toi tu es un 8 », « elle c’est une 6 ») est une dérive courante et problématique, parce que cela enferme, rigidifie et peut devenir un outil de pouvoir social (« je sais qui vous êtes, je vous catégorise »).
Les recommandations déontologiques insistent justement sur le fait d’aider une personne à découvrir son type, plutôt que de le lui annoncer.
En clair : sans consentement, sans démarche personnelle, sans cadre…
vous n’avez pas « sa base ». Vous avez une hypothèse.
Et c’est insuffisant pour « intervenir » sur quelqu’un.
2️ Base et comportement sont deux choses différentes
Deux personnes peuvent avoir un comportement très similaire…
pour des raisons totalement différentes.
Exemple simple :
Deux collègues prennent beaucoup la parole en réunion.
L’un peut chercher à garder le contrôle
L’autre peut chercher à éviter l’incertitude
Même résultat visible. Motivations opposées.
C’est l’un des points centraux de l’Ennéagramme : il ne décrit pas seulement des comportements, il pointe des mécanismes internes (ce qui pousse, ce qui déclenche, ce qui protège).
Donc même si vous « connaissez » la base de quelqu’un, cela ne vous donne pas une formule magique pour changer son comportement.
Le comportement dépend aussi :
du niveau de stress
du contexte
de la culture de travail
de l’histoire relationnelle
3️ Le but n’est pas de faire changer les autres, mais de faire évoluer chacun dans sa base
L’usage le plus sain (et le plus puissant) de l’Ennéagramme, c’est :
- mieux vous comprendre
- mieux repérer vos automatismes
- développer votre responsabilité
- créer des relations plus lucides et plus stables
En groupe, l’Ennéagramme peut soutenir la cohésion :
non pas en étiquetant, mais en aidant chacun à comprendre que les différences ne sont pas des attaques.
Alors, comment utiliser l’Ennéagramme intelligemment en entreprise ?
A) L’utiliser comme un miroir, pas comme une arme
La question clé n’est pas :
« Comment je change l’autre ? »
Mais plutôt :
- « Qu’est-ce que cette situation déclenche chez moi ? »
- « Quel est mon automatisme ? »
- « Quel besoin est en jeu ? »
- « Quelle réaction plus adulte puis-je choisir ? »
B) Travailler sur les besoins et les conditions de coopération
Même sans connaître la base d’un collègue, vous pouvez améliorer la relation en travaillant sur :
la clarté
les règles
les limites
la communication directe
L’Ennéagramme sert alors à ajuster votre posture, pas à diagnostiquer l’autre.
C) En collectif : poser un cadre déontologique clair
On ne « type » pas les autres
On parle de soi
On évite les stéréotypes
On relie l’outil à des situations concrètes
L’objectif est la coopération
Conclusion
Croire que l’Ennéagramme sert à changer le comportement des autres, c’est passer à côté de sa vraie puissance.
La vraie puissance de l’Ennéagramme, c’est :
comprendre vos automatismes
grandir en responsabilité
mieux coopérer
renforcer la cohésion
Et paradoxalement…
quand chacun travaille sur soi, la qualité relationnelle s’améliore.Commencez à écrire ici ...